Les frères Fénelon

Le  château de Fénelon, classé monument historique, est situé dans le département de la Dordogne, au centre d’un triangle formé par les villes de Sarlat, Souillac et Gourdon. Il se dresse sur les hauteurs d’un petit village, Sainte Mondane, d’où il domine les vallées de la Dordogne et de la Bouriane.

Ce château a été la demeure natale de François de Salignac de la Mothe-Fénelon qui devint archevêque de Cambrai, mais est beaucoup plus connu sous le nom d’écrivain Fénelon  qui vécut sous le règne des Lumières de Louis XIV.

Fénelon est né au Château de Fénelon, dans une famille noble du Périgord, ancienne et appauvrie. Fils de Pons de Salignac, marquis de la Mothe-Fénelon, et de la seconde épouse de ce dernier, Louise de la Cropte. Plusieurs ancêtres de Fénelon avaient servi comme évêques de Sarlat. Comme il était cadet (son père ayant eu neuf enfants de sa première épouse, Isabeau d’Esparbes de Lussan), et trois de  sa seconde, dont Fénelon, il fut destiné de bonne heure à une carrière ecclésiastique.

Jeune, il reçoit l’enseignement d’un tuteur au château

En 1667 (16 ans), il est étudiant à l’Université de Cahors (fondée en 1331 et réunie à l’Université de Toulouse en 1751).

L’université de Cahors est une université française située à Cahors. Elle est fondée en 1331  sous la forme d’un Studium generale par une bulle pontificale de Jean XXII et dissoute en 1751 en fusionnant avec l’Université de Toulouse, sur décision du chancelier du roi, La Moignon. Elle comptait alors 1 600 étudiants. (Jacques Duèze, né en 1244 à Cahors, mort en 1334 en Avignon, issu d’une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, est élu pape en 1316, sous le nom de Jean XXII). Elle est composée alors des quatre facultés de théologie, droit, médecine, arts ou belles-lettres.

Après la mort de Clément V, le Sacré Collège s’installe à Carpentras, le 1er Mai 1314, pour élire un nouveau pape. Or, trois partis étaient en compétition : les Gascons au nombre de dix, les Italiens au nombre de sept, adversaires acharnés des Gascons, avec Napoléon Orsini, Nicolas Albertini de Porto, et des cardinaux Français d’origines diverses : trois Languedociens, un Quercinois et deux Normands complétaient le Sacré Collège. Les luttes de tendances entre Italiens, Gascons et Français furent telles que deux longs mois passèrent sans qu’ils parviennent à un accord pour trouver un successeur à Clément V. Il faudra attendre jusqu’au 7 août 1316.

 En 1669, il est diplômé.

En 1671 (20 ans), Fénelon devient chanoine de la Cathédrale de Sarlat, nommé par son oncle Salignac, évêque de Sarlat.

En 1677, il est docteur en théologie.

En 1678, l’abbé François de Salignac de La Mothe Fénelon a été nommé supérieur des « Nouvelles Catholiques», institution dont la vocation est de « rééduquer » les jeunes filles protestantes converties au catholicisme. Cette première expérience pédagogique l’a amené à s’intéresser aux questions d’éducation. Il a traduit ses réflexions en 1684 dans un « Traité de l’éducation des filles », rédigé à l’intention du duc Paul de Beauvillier, dont il est le directeur de conscience et qui est père de neuf filles!

Ses relations avec Beauvillier et le duc Charles Honoré de Chevreuse, tous deux gendres du ministre Jean Baptiste Colbert et proches conseillers de Louis XIV, ont permis à Fénelon d’être introduit à la Cour et d’y gagner l’estime et l’amitié de la Marquise de Maintenon, l’épouse du roi et de son entourage du parti dévot. Le 16 août 1689, le duc de Beauvillier est nommé gouverneur du duc Louis de Bourgogne, fils du Grand Dauphin et petit-fils du Roi Soleil, tandis que l’abbé, soutenu par ses puissants protecteurs, devient précepteur du prince.

Le petit duc, alors âgé de sept ans, est un enfant capricieux et violent, qui, sous la houlette de ses nouveaux mentors, va devenir sérieux et religieux. Fénelon va s’occuper de  son instructionpendant huit ans et des liens très forts vont se nouer entre eux. Pour son élève, l’abbé compose en 1694 une œuvre importante,     « Les Aventures de Télémaque », roman d’inspiration mythologique sur l’éducation d’un jeune prince : « Dans ce roman à la fois pseudo-historique et utopique, il conduit le jeune Télémaque, fils d’Ulysse, flanqué de son précepteur Mentor (manifestement Fénelon) à travers différents États de l’Antiquité, qui la plupart du temps, par la faute des mauvais conseillers qui entourent les dirigeants, connaissent des problèmes semblables à ceux de la France des années 1690, plongée dans des guerres qui l’appauvrissent, problèmes qui cependant peuvent se résoudre (au moins dans le roman) grâce aux conseils de Mentor par le moyen d’une entente pacifique avec les voisins, de réformes économiques qui permettraient la croissance, et surtout de la promotion de l’agriculture et l’arrêt de la production d’objets de luxe »

« Comme le Télémaque est surtout un livre de morale politique, ce que l’auteur peint avec le plus de force, c’est l’ambition, cette maladie des rois qui fait mourir les peuples, l’ambition grande et généreuse dans Sésostris, l’ambition imprudente dans Idoménée, l’ambition tyrannique et misérable dans Pygmalion, l’ambition barbare, hypocrite et impie dans Adraste. »

Lorsqu’il se présenta à l’Académie, il n’avait composé qu’un ouvrage, « De l’Éducation des Filles », il fut élu le 7 mars 1693 en remplacement de Pellisson, et reçu par Bergeret le 31 mars 1693 (discours de réception.  Dans « De l’Éducation des Filles », il écrit: «  Dès qu’ils sont dans un âge avancé, où leur raison est toute développée, il faut que toutes les paroles qu’on leur dit servent à leur faire aimer la vérité, et à leur inspirer le mépris de toute dissimulation. (…) On leur enseigne la finesse qu’ils n’oublient jamais, il faut les mener par la raison autant qu’on peut»  

Le 29 janvier 1635, le cardinal de Richelieu signe les lettres patentes qui fondent l’Académie française. Son nom vient du jardin Akademos, à Athènes, où Platon enseignait la philosophie. L’Académie française est issue d’un petit groupe d’érudits qui se réunissaient chaque semaine chez l’un d’eux, Valentin Conrart, secrétaire du roi Louis XIII. L’habile cardinal de Richelieu a l’idée de s’attacher ces gens de lettres et de les mettre au service de l’État et de la monarchie. Il invite les érudits à se constituer en corps officiel et leur accorde sa protection.

La nouvelle Académie se voue à la langue française. L’article 24 de ses statuts énonce : «La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et la science…» (Hérodote.net)

Cependant, ses prises de position envers la doctrine mystique de Mme Guyon et la violente contreverse qui s’ensuivit avec Bossuet, dans ce qu’on appellera la « querelle du quiétisme », provoquèrent son exil de Versailles pour Cambrai.

La lettre au Roi Louis XIV (Elle daterait de la fin de 1693) :

« La personne, Sire, qui prend la liberté de vous écrire cette lettre n’a aucun intérêt en ce monde. Elle n’écrit ni par chagrin, ni par ambition, ni par envie de se mêler des grandes affaires. Elle vous aime sans être connue de vous, elle regarde Dieu en votre personne. Avec toute votre puissance vous ne pouvez lui donner aucun bien qu’elle désire, et il n’y a aucun mal qu’elle ne souffrît de bon cœur pour vous faire connaître les vérités nécessaires à votre salut. Si elle vous parle fortement, n’en soyez pas étonné, c’est que la vérité est libre et forte. Vous n’êtes guère accoutumé l’entendre. Les gens accoutumés à être flattés prennent aisément pour chagrin, pour âpreté et pour excès ce qui n’est que la vérité toute pure. C’est la trahir, que de ne vous la montrer pas dans toute son étendue. Dieu est témoin que la personne qui vous parle le fait avec un cœur plein de zèle, de respect, de fidélité, et d’attendrissement sur tout ce qui regarde votre véritable intérêt.

Vous êtes né, Sire, avec un cœur droit et équitable, mais  ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de gouverner que la défiance, la jalousie, l’éloignement de la vertu la crainte de tout mérite éclatant, goût des hommes souples et rampants, la hauteur, et l’attention à votre seul intérêt. »

Et cette vérité d’un monarque ayant concentré tous les pouvoirs ne tarde pas à apparaître dans toute sa cruauté : « Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l’Etat, pour faire monter jusqu’au comble votre autorité qui était devenue la leur parce qu’elle était dans leurs mains. On n’a plus parlé de l’Etat ni des règles ; on n’a parlé que du Roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l’infini. On vous a élevé jusqu’au ciel, pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c’est-à-dire pour avoir appauvri la France entière, afin d’introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. »

L’auteur, à plusieurs reprises, s’en prend donc à l’entourage du roi (dont il souligne au passage la « grossièreté d’esprit ») qui, pour lui complaire et en tirer les bénéfices, lui cache la vérité d’un pays exsangue et d’un peuple qui souffre ; il alerte en outre clairement le souverain sur la colère de ses sujets en un temps où les sondages d’opinion n’existaient pas : « Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l’amitié, la confiance, et même le respect. » Le registre lexical se veut dramatique, alarmiste, puisqu’il est question de « sédition », de « désespoir », d’ « insolence des mutins », etc. Mais c’est envers le roi lui-même que les attaques se font les plus vives, y compris dans l’analyse de sa personnalité : «Vous êtes scrupuleux sur des bagatelles, et endurci sur des maux terribles. Vous n’aimez que votre gloire et votre commodité. Vous rapportez tout à vous, comme si vous étiez le Dieu de la terre, et que tout le reste n’eût été créé que pour vous être sacrifié. »

Nous ne sommes plus guère habitués, en ces temps tristement consensuels, au registre pamphlétaire. Cette lettre de Fénelon, ferme et vigoureuse, n’en a donc que davantage de portée. Si l’on en excepte certains aspects qu’elle aborde, tombés aujourd’hui en désuétude, sa valeur universelle, en matière de gouvernance, en fait un texte de référence. Une valeur si universelle que le lecteur ne pourra être accusé de mauvais esprit si, au tournant de plusieurs paragraphes, il y trouve des résonances étonnement contemporaines.

En 1695, il fut nommé archevêque de Cambrai. Le 1er août 1697, Fénelon reçoit l’ordre de se retirer  dans son diocèse. La publication en 1699 de son chef-d’œuvre, Les Aventures de Télémaque, qui, sous couvert de roman, n’en dénonçait pas moins, il est vrai, certains travers du royaume dans lesquelles ses contemporains verront une critique de la monarchie absolue, achèvera sa disgrâce.  

En 1699, il publie les « Aventures de Télémaque ». Marie-Thérèse Latzarus, première historienne du genre donne en 1924 à Fénelon un rôle de pionnier. « Pour la première fois au cours des âges, un enfant aura dans les mains avec les Fables, les Dialogues des morts et le Télémaque, des œuvres écrites pour lui dans sa langue et des œuvres qui se proposent de l’instruire en l’amusant »

En 1715, il fit un court voyage de visite épiscopale, « il versa dans un endroit dangereux, personne ne fut blessé, mais il vit tout le péril, et eut dans sa faible machine toute la commotion de cet accident. Il arriva incommodé à Cambrai, la fièvre survint, et les accidents tellement coup sur coup qu’il n’y eut plus de remède; mais sa tête fut toujours libre et saine ». Le médecin de Louis XIV (Chirac) constate une pneumonie. Le 7 janvier, il meurt à Cambrai. L’inhumation se fit le 8 janvier de manière très modeste.

La famille Fénelon

Jean de Salignac de la Mothe-Fénelon & Anne de Pellegrue

            (1558-1588)                (…-1598)

François de Salignac de la Mothe-Fénelon  & Marie de Bonneval

Pons de Salignac & Isabeau d’Esparbes

            François de Salignac….

            (1641-…)

Puis Pons de Salignac & Louise de Cropte Chanterac

François-Arnaud

(6 aout 1651 à Ste Mondane – 7 janvier 1715 à Cambrai)

Le père de Fénelon se nomme de Salignac Pons, seigneur et marquis de la Mothe-Fénelon, vicomte de Saint-Julien de Lampon, baron de Loubert, seigneur de Mareuil, de Montagut, d’Arnac, etc… Il naquit en 1601. Il épousa en premières noces, par contrat passé à Aubeterre, le 20 février 1629, Isabeau d’Esparbès de Lussan, fille de François, vicomte d’Aubeterre, maréchal de France, et d’Hippolyte Bouchard d’Aubeterre. Isabeau décéda en 1645. De leur union naquirent :  (d’après (Pierre Boulanger :- Manot en Charente Limousine).

1) François Pons.

2) Henri, né à Aubeterre et baptisé le 22 mars 1631.  Il fut page du roi, et décéda jeune vers 1646, à Saint-Julien de Lampon, de noyade.

3) Léon, dit le baron de Manot, né le 20 jin 1632 à Aubeterre.  Il fut page de la chambre du roi en 1646, et décéda jeune en 1649, à Saint-Germain en Laye.

4) Henri Joseph, seigneur de Meyrac.  Il épousa Diane Machat de Pompadour, dame de Château-Bouchet en Limousin.

5) François, dit l’abbé de Fénelon, (voir pages suivantes) né en 1641 à Aubeterre. Il eut la vocation d’être missionnaire en Nouvelle France, et fut envoyé pour fonder une mission sur la lac Ontario. Il sera ordonné prêtre à la cathédrale de Québec. Il fut alors impliqué dans une histoire où il intercédait pour un homme devant le comte de Frontenac, gouverneur du Québec. A la fête de Pâques suivante, son sermon fut mal interprété, et le gouverneur se sentit visé. Il s’en suivit un procès qui les mena devant Louis XIV à Versailles. Raison d’état oblige, Frontenac ne fut blâmé pour son autoritarisme qu’en privé, mais à François, il fut interdit de revenir au Canada. Il décéda 4 ans plus tard, en 1679, âgé de 38 ans, à l’abbaye des Minimes d’Aubeterre et fut enseveli dans le tombeau de ses ancêtres dans cette commune.

6) Marie, née en 1634. Elle épousa par contrat du 23 février 1653 Henri de Beaumont, seigneur de Gibaut, d’Usseau, de Saint-Germain et de Juillac, en Saintonge, maréchal de camp.

7) N., qui décéda jeune. 8) Paule, religieuse aux bénédictines de Notre-Dame de Saintes.

9) Angèle Hippolyte, qui épousa le 17 février 1665 Jean de Beaulieu, seigneur de la Filolie (Condat sur Vézère), de Gaubert et de Paulin en Périgord. Elle décéda en 1733.

10) Louis, qui décéda jeune.

11) François, alias Jean François, baron de Fénelon.  Il fit la guerre en Catalogne et participa à la lutte contre les Turcs. Il décéda à Charleville en 1674.

Pons épousa en secondes noces par contrat du Ier octobre 1647 Louise de La Cropte, fille de François, seigneur de Saint-Abre et de la Meynardie, et d’Antoinette Jousserand, dame de Beauséjour. (D’après le cardinal de Boisset, ce mariage se serait fait sur les Conseils de Saint-Vincent de Paul). De ce second mariage naquirent :

12) François Martial, né en 1648. Il mourut jeune à Paris le 2 novembre 1670 après avoir été séminariste à Saint-Sulpice.

13) François Armand, né ou baptisé le 6 août 1651 à Sainte-Mondane, au château de Fénelon. Il eut pour parrain son oncle François de SALIGNAC, évêque de Sarlat. Il eut comme surnom « Fénelon ». Après un séjour à l’université de Cahors, il se rendit à Paris, à 15 ans, sous la tutelle de son oncle, le marquis de Fénelon. Il entra à Saint-Sulpice, y fit sa théologie, et y reçut les ordres à 24 ans. En 1668, il était à Manot où il assista au mariage de sa nièce Anne Marie Louise avec David François de La Cropte. (Pierre Boulanger – Manot en Charente Limousine). Il fut envoyé en Saintonge et Poitou par Louis XIV, pour essayer d’y convertir les protestants, après la Révocation de l’Edit de Nantes (1685). En 1689, il fut nommé précepteur du duc de Bourgogne, Louis de France (1682-1712), petit-fils de Louis XIV. Il composa pour celui-ci plusieurs livres d’études, d’un caractère purement éducatif, comme par exemple :  » Fables », « les dialogues des morts », et les fameuses « Aventures de Télémaque ».  Il fut élu membre de l’Académie Française, nommé abbé de Saint-Valéry, puis archevêque de Cambrai le 4 février 1695. Il était aussi appelé « le cygne de Cambrai ».  (Les Aventures de Télémaque, parurent en 1699 chez Barbin, sans nom d’auteur, par l’infidélité d’un copiste. Cette publication, survenue peu après la condamnation des « Maximes des Saints », rendit irrévocable l’exil de Fénelon à Cambrai. Bossuet déclara l’ouvrage « peu sérieux et peu digne d’un prêtre ». Le roi crut y voir une satire de son règne et de son gouvernement. Le livre, supprimé en France, parut en Hollande avec un vif succès. En 1717, le marquis de Fénelon, neveu de l’auteur, en donna la première édition française.) Il décéda à Cambrai le 7 janvier 1715.

14) Henri Joseph, (alias Joseph François), seigneur de Saint-Abre et de Beauséjour, dit le comte de Fénelon.  Il épousa par contrat du 20 février 1694 Marie-Thérèse-Françoise de SALIGNAC, marquise de Magnac, sa cousine-germaine, veuve de Pierre de Montmorency-Laval, marquis de Laval-Lezay. Elle décéda en 1726. En 1706, il dotait de privilèges l’hôpital de Magnac-Laval. Il mourut à Paris le 2 mars 1735 à l’âge de 73 ans, sans postérité.

15) peut-être Louis, dit encore vivant en 1660. 16) peut-être Louise Pons de SALIGNAC décéda en 1663 et fut inhumé à Sarlat le 13 mars. Sa seconde épouse mourut  le 4 juillet 1690. La date exacte de son décès est inconnue. Il eut des gros problèmes d’argent, si bien qu’il dut vendre en 1631, pour 8500 livres, une partie de la terre de Loubert, avec sa justice, à François de Barbarin, seigneur de Chambes.

Après ce rappel concernant François Fénelon, archevêque de Cambrai, il faut évoquer maintenant les personnages de ce que certains ont appelé une tragi-comédie en Nouvelle-France les protagonistes sont François Marie Perrot, gouverneur de Montréal, Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, René-Robert Cavelier de La Salle  et l’abbé François  de Salignac de la Mothe-Fénelon dont nous venons d’évoquer la famille.

Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau

Ci contre: le château de Palluau-Frontenac à Palluau-sur-Indre

Il fut gouverneur général de la Nouvelle France, une des figures les plus turbulentes et les plus influentes de l’histoire du Canada, surtout connu comme l’architecte de l’expansion française en Amérique du Nord et défenseur de la Nouvelle France contre les attaques de la confédération iroquoise et des colonies anglaises.

Né le 12 mai 1622 à St Germain-en-Laye. Fils d’Henry de Buade, comte de Frontenac et d’Anne Phélypaux de Pontchartrain, fille d’un secrétaire d’état, nièce d’un autre et ayant pour parrain Louis XIII.

Il avait au moins deux sœurs…Il fréquenta certainement le collège Saint Sulpice, un collège des Jésuites à Paris.

Quand il ne se trouvait pas aux armées (où il fut blessé au bras droit…), il demeurait à la cour du roi. Comme d’autres nobles de son rang, il était d’une grande prodigalité, mais aussi criblé de dettes.

En octobre 1648, il épouse Anne de la Grange (en secret!) qui était « dit-on » d’une grande beauté, mais surtout qui devait hériter d’une fortune considérable (~1000 000 $ actuel). La comtesse de Frontenac fut admise dans l’entourage de la Grande Mademoiselle. Mais celle-ci finit par soupçonner que Frontenac et sa femme intriguaient contre elle, et elle les renvoya de sa maison. Madame de Monpensier dit un jour de lui : « Frontenac louait tout ce qui étoit de lui (…), même la viande qu’il mangeoit, selon ses dires, avait un autre goût sur sa table que celle des autres (…) Pour bien faire sa cour auprès de lui, il fallait admirer des chevaux très médiocres qu’il avait. Enfin, il est  comme cela sur tout ».

Après un séjour à Venise, durant trois ans, il est congédié….

Enfin, il est nommé au printemps 1672, gouverneur général de la Nouvelle France et le 28 juin 1672, il part de la Rochelle pour Québec.

Frontenac n’a pas voulu se rendre compte que, même si il était gouverneur général de la colonie, son autorité avait des limites bien nettes. Les instructions qu’il avait reçues du ministre lui prescrivaient de ne pas usurper les fonctions de l’intendant, du Conseil Souverain, ni celles des officiers des tribunaux de première instance.

La manière dont-il fit usage de ses pouvoirs ne tarda pas à le mettre en conflit avec le Conseil Souverain, le gouverneur de Montréal et plusieurs familles importantes de la colonie.

Le Conseil souverain de la Nouvelle-France (ou Conseil supérieur de Québec) est une institution établie par Louis XIV en avril 1663. Les trois principaux personnages à siéger au Conseil souverain sont le gouverneur, l’évêque et l’intendant. Ce dernier préside les délibérations. Tous les membres dépendent du Secrétaire d’État à la Marine de la France. Ceux-ci sont choisis parmi la noblesse française. Le Conseil souverain comprenait en plus neuf fonctionnaires, entièrement responsables de tous les sujets législatifs, exécutifs et judiciaires.

René-Robert Cavelier de La Salle

Frontenac était intimement associé à Cavalier de La Salle, à qui il procura toute l’aide possible en vue de la création d’un monopole de la traite dans la vaste région au sud des Grands Lacs. Cavelier de la Salle est né le 21 novembre 1643 à Rouen. Il étudia au collège des jésuites de sa ville, puis il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, où il va passer 9 années. Ensuite, il part à La Flêche, puis, il est professeur à Alençon, puis à Tours, puis à Blois jusqu’en 1666.

En 1666, il se fit relever de ses vœux pour « infirmités morales »

Il dispose de peu de ressources, mais comme il a grandi dans une ville tournée vers le Canada, il arrive dans la Colonie durant l’été 1667. Pendant plusieurs années, La Salle va découvrir la Nouvelle France. Il demeure aussi un personnage mystérieux et controversé. Un héros pour certains, un fou pour d’autres, il n’en reste pas moins qu’il mena une vie fascinante qui se terminera toutefois de façon dramatique.

Enfin, à l’automne 1673, La Salle revient à Montréal.

Il meurt le 19 mars 1687 près de Navasota, au sud-ouest de la colonie française de Louisiane, dans l’actuel État américain du Texas.

François Marie Perrot

Perrot est gouverneur de Montréal de 1669 à 1684 et de l’Acadie de 1684 à 1687. Il part une première fois de La Rochelle, mais son navire fait naufrage le 5 juillet 1669. En mai 1670, il repart, accompagné de Talon. Ses créanciers ne purent saisir ses biens, car il obtint du roi des lettres d’État qui le mettaient à l’abri de la confiscation pendant la durée de son service au Canada. En 1672, il obtient une concession seigneuriale d’une île situe sur le St Laurent. Il y établit un poste de traite et emploie des coureurs des bois pour devancer de la sorte les trafiquants de fourrure de Montréal.

En 1673, Frontenac établit au lac Ontario un poste de traite qui constituait une menace bien plus grave pour les commerçants deMontréal que les activités illégales de Perrot qui suscita un ressentiment bien plus considérable. Perrot et les gens de Montréal protestèrent avec énergie, et pendant quelques temps, ils furent unis dans leur opposition à l’égard de Frontenac.

Il fut nommé plus tard, gouverneur de l’Acadie de 1684 à 1687. En 1690, deux navires de pirates des colonies anglaises pénétraient dans le fleuve St Jean, près de Port Royal s’emparaient des vaisseaux français, en même temps que de Perrot. Persuadés qu’il avait caché de fortes sommes, les pirates le torturèrent pour le forcer à dévoiler sa cachette, sans qu’on sache s’ils y réussirent. Par la suite, un flibustier français le délivra puis le ramena à un port français. Il alla vivre à Paris et chercha sans succès à se faire nommer de nouveau gouverneur de l’Acadie. Il mourut le 20 octobre 1691, probablement des suites des tortures que lui avaient infligées les pirates anglais.

François  de Salignac de la Mothe-Fénelon

Il est né à Aubeterre, en 1641, sa mère est Isabeau d’Esparbes de Lusan. En 1617, son grand-père, François d’Esparbes de Lusan et sa femme fondent le couvent des Minimes. (La chapelle des Minimes à Aubeterre ci-dessus). C’est aujourd’hui une maison de retraite (propriété privée) et seule la chapelle se visite. Il est le frère de l’illustre archevêque de Cambrai, qui était de 10 ans plus jeune que lui. A 24 ans, François renonça au monde et au brillant avenir que lui promettait la noblesse de sa naissance, et les alliances nombreuses et puissantes de sa maison. « Nous avons eu dans notre famille plusieurs gouverneurs de  province, des chambellans des rois, des alliances avec les premières maisons de nos provinces… »Il entre au séminaire de St Sulpice le 23 octobre 1665. (Photo ci-dessus) Il ne tarde pas à s’enthousiasmer  pour les missions au Canada.

« Le roi désirait que le supérieur de St Sulpice envoie à Montréal de nouveaux « ouvriers évangéliques ». Il n’en fallait pas plus à Fénelon, il quitte tout à coup le séminaire en 1667 pour préparer son voyage. Mais son oncle, évêque de Sarlat, se montre mécontent d’une résolution qui contrarie ses projets, et il se plaint au supérieur de St Sulpice. La réponse est «  Sa résolution est d’une nature que je ne vois pas ce que je puis faire à présent, après ce que je lui ait dit avant son départ (…) mais son inclination et toujours aussi forte (…) » Quoiqu’il en soit, l’abbé François de Fénelon fut aussi inébranlable auprès de son oncle.

Il débarque le 21 juin 1667 à Québec en compagnie de l’abbé Trouvé.

Depuis quelques années, un certain nombre d’Iroquois (Tsonontouans par exemple) avait formé plusieurs villages, dont le plus connu est Kenté. Les Iroquois de Kenté avaient vu les « robes noires » dans leurs anciens villages, ils voulurent en avoir avec eux. « Ils n’étaient pas très pressés de se faire chrétiens, mais leurs vieillards avaient besoin d’être consolés, sans la robe noire, les enfants mourants ne pouvaient prendre la grande  voie des âmes ». Aussi quand au mois de juin 1668, le chef vint à Montréal pour demander des missionnaires, les abbés Fénelon et Trouvé étaient tout prêts à partir, ils reçurent les instructions pour partir… avec toutes les règles de conduite…Munis de leurs instructions, les deux missionnaires s’embarquent le 2 octobre 1668. Le voyage, c’est : « manier l’aviron sur le fleuve, porter les fardeaux pour éviter les rapides, souffrir de la faim, courir le danger d’être massacré…voilà ce que à quoi l’on devait s’attendre en mettant le pied dans un canot d’écorce »

« On ne peut pas être reçu avec plus d’amitié que nous reçurent ces barbares, chacun fit ce qu’il put ».

En 1668, Claude Trouvé et François de Fénelon, prêtres sulpiciens de France, établissent cette mission pour servir les Indiens Iroquois sur la rive nord du lac Ontario.

Kenté, le village de Cayuga qui avait demandé les missionnaires, devint le centre de la mission. Fénelon établit une nouvelle mission à Kenté. « Considérant que cette mission avait été entreprise à la demande des Iroquois, on conclut qu’on avait des marques suffisantes de Dieu (…) On envoya donc à Kenté des travailleurs pour y défricher des terres, d’autres ouvriers pour y bâtir une ferme avec une grande maison, qu’on fournit de tous les instruments d’agriculture (…) On y fit transporter à grands frais des bestiaux pour la culture des terres, de la volaille et d’autres animaux »

Des bâtiments ont été érigés dans ce village, probablement situé dans la région de Consecon, et le bétail a été amené de Ville-Marie (Montréal).

L’année suivante, l’abbé Fénelon fait un voyage en France, mais on en ignore les motifs. Peut-être le décès de son père ? Mais l’évènement fut la rencontre qu’il dut faire avec Frontenac, chez le marquis de Fénelon, son oncle.

Fénelon découvrant Niagara le 6 décembre 1678

On retrouve trace de l’abbé Fénelon, en Nouvelle France, le 7 novembre 1669 lors du mariage du Capitaine Sidrac Dugué, sieur de Boisbriand, capitaine au fort de Senneville avec Marie Moyen. Parmi les invités, se trouvaient Fénelon et Jeanne Mance. (Jeanne Mance, née le 12 novembre 1606 à Langres (Haute-Marne) et morte le 18 juin 1673 à Montréal (Canada), est une pionnière de la Nouvelle-France. Elle est considérée comme cofondatrice de Montréal, où elle a fondé puis dirigé l’Hôtel-Dieu. Elle est reconnue comme Vénérable par l’Église catholique et fêtée le 18 juin.)

En 1670, Fénelon lançait l’idée de creuser un canal entre le Lac St Louis et la rivière Saint Jean. 

« Ce passage me paroit assez aysé à racomoder en fesant un canal de cent cinquante pas dans l’endroit mesme où l’on faict le portage, qui est un terrain uni et à ce que je crois fort aysé à remuer. » C’est à l’endroit appelé les « rapides de Lachine », reconnut par Jacques Cartier dès 1535 qui de tout temps ont été un formidable obstacle à la navigation. Il faudra attendre le début du XIXème siècle pour que le rêve se réalise !

Lorsque Frontenac fut nommé gouverneur de la Nouvelle France en avril 1672 et il s’empressa, une fois installé à Québec, de donner à l’abbé Fénelon une marque de l’estime qu’il lui portait, en l’accueillant avec empressement.

A Montréal, on s’inquiétait de l’éducation des enfants indiens. On fit appel à Fénelon qui avait déjà l’expérience de la vie indienne. Il se fit concéder 3 îles sur le lac St Louis. Frontenac écrit à cette occasion : « Le grand zèle que le sieur abbé Fénelon a témoigné pour la propagation du christianisme dans ce pays et l’affection qu’il a fait paraître au service de  sa majesté, nous obligent de chercher toutes sortes de moyens de les reconnaître et de le convier à continuer le zèle qu’il a eu jusqu’ici ».

En 1685 une transaction enregistrée devant notaire faisait état d’un échange de propriété entre le Séminaire de St-Sulpice et Agathe de St-Père sur l’Ile Dorval. Cette demoiselle recevait « une grande maison avec deux caves, une grange, deux étables, une cabane, un puits, des jardins, des poulaillers,…le tout enclos de pieux de cèdres… ». Finalement le 29 janvier 1691, Agathe de St-Père, maintenant mariée, vend le domaine de La Présentation à un nommé Jean-Baptiste Bouchard sieur Dorval. C’est ainsi qu’apparaît, pour la première fois dans l’histoire, le nom par la suite associé à la ville de Dorval.

Revenons à Montréal

Ville de confluents, Montréal était une ville de commerce. Sa position lui a valu de devenir peu à peu la capitale économique du Canada. A l’époque de Frontenac, après avoir été une place d’armes de la croisade contre les Iroquois, c’était surtout un poste de traite, c’était le point de contact des Français avec les populations autochtones et le centre des opérations des coureurs des bois. Perrot était ambitieux. En 1671, dans un document daté du 14 mars et enregistré le 17 novembre au greffe de Montréal, il est spécifié que Perrot commandait sous l’autorité du Roi et des seigneurs du lieu, dans toute l’étendue de l’île de Montréal. Il protégeait ouvertement les coureurs des bois et délivrait les «congés de traite »

Il est difficile d’évaluer l’importance de la fourrure dans le développement historique de la Nouvelle-France. En effet, c’est cette ressource qui a incité les Français à établir une présence permanente dans la vallée du Saint-Laurent au début du XVIIe siècle et à poursuivre par la suite leurs activités dans la région des Grands Lacs, les vallées du Mississippi, de l’Ohio et de l’Illinois, et le bassin hydrographique de la baie d’Hudson. Dans ces vastes étendues du continent nord-américain, les Français ont lancé une entreprise commerciale ambitieuse en vue de répondre à la demande européenne de fourrure. Cette entreprise – appelée la «traite des fourrures », terme dont la simplicité n’est qu’apparenteavait des dimensions économiques, sociales et politiques complexes, et a façonné l’expérience coloniale française de diverses manières. Même si sa valeur annuelle était dérisoire par rapport à celle de la pêche à la morue dans l’Atlantique Nord, la traite des fourrures était le moteur économique de la Nouvelle-France : elle finançait des initiatives d’exploration, d’évangélisation et de peuplement tout en assurant un revenu aux habitants et en permettant aux autorités, aux marchands et aux investisseurs de faire fortune. De plus, la traite des fourrures a influé sur la mobilité et le peuplement en Nouvelle-France, car elle exigeait une main-d’œuvre itinérante et des postes de traite intérieurs. Certains de ces postes – Québec, Detroit et Green Bay, entre autres – sont devenus les noyaux d’agglomérations permanentes.

Durant l’hiver 1672-1673, Frontenac n’avait rien su de Montréal, faute de communications. Mais dès le printemps, il avait pu s’assurer que le désordre des coureurs des bois était imputable à Perrot.

Monsieur Perrot trouvait là un moyen d’augmenter sa fortune. Si des habitants protestaient, il les jetait en prison. Vers la fin 1673, le mal commençait à devenir général !

Lorsque Frontenac arrive dans la colonie, après 71 jours de navigation, son navire manque de faire naufrage àl’entrée du fleuve Saint-Laurent et le nouveau gouverneur arrive à Québec le 7 septembre 1672. Son « esprit est infecté de préjugés contre les jésuites, l’évêque, le Séminaire de Québec, contre leurs partisans imaginaires ou véritables ».Il écrit à Colbert le 2 novembre 1672 :« Il n’y a qu’à porter ici une robe noire, pour se croire indépendant et n’être point obligé de reconnaître aucune juridiction séculière ».

Qui ne connaît les tirades de ce Gascon de La Hontan, autre contemporain sinon favori de Frontenac, contre un régime où « les gouvernements Politique, Civil, Ecclésiastique et Militaire, ne sont pour, ainsi dire, qu’une même chose », et où les « Gouverneurs Généraux les plus rusés ont soumis leur autorité à celle des Ecclésiastiques ». Ceux de ces gouverneurs « qui veulent profiter de l’occasion de s’avancer (…)», assure La Hontan, « entendent deux messes par jour et sont obligés de se confesser une fois en vingt-quatre heures ».

Le nouveau gouverneur se permet aussi de retenir le courrier des missionnaires, celui qui vient de France aussi bien que celui qui va du Canada en France.

Malgré tout, le 9 janvier 1673, Fénelon obtient une concession : « Sur ce fief  était construite une maison de bois de 53 pieds de long, avec deux caves, l’une en maçonnerie et l’autre en bois, une cheminée aussi en maçonnerie, des cabanes, une grange et deux étables au bout, ensemble de 93 pieds de long, un poulailler, etc….»

Frontenac entreprit de remédier à cette situation concernant les coureurs des bois, mais il apporta à cette réforme, toutes les qualités et aussi tous les défauts de son caractère : il avait de la souplesse et de la soumission dans ses rapports avec la cour, mais pour ses « inférieurs », il leur faisait sentir son autorité et son despotisme.

Il fait bâtir un poste sur le lac Ontario en 1673, baptisé fort Frontenac par son associé René-Robert Cavelier de la Salle.

Il fit envoyer, sur ordre d’un juge, un sergent pour arrêter deux coureurs des bois logés chez un lieutenant de Perrot, Monsieur de Carion. La mission n’était pas facile à remplir. Le malheureux sergent fut insulté, maltraité et parait-il, jeté en prison.

Monsieur de Frontenac, apprenant l’outrage fait à la justice, envoya le lieutenant Bizard, lieutenant de ses gardes, arrêter de Carion. Perrot, en colère, va alors arrêter le lieutenant Bizard ainsi que son logeur, Monsieur Le Ber.

Monsieur de Frontenac comprit alors que pour le moment, la violence était inutile. Comptant sur l’amitié et le dévouement de l’abbé Fénelon, il lui envoie une lettre le priant de voir Perrot et de lui faire comprendre dans quelle position il s’est placé, et que le meilleur moyen de conjurer l’orage est de venir s’expliquer à Québec.

Perrot, cédant aux instances de Fénelon, sur sa qualité de parent avec Mme de Frontenac et de l’intendant Talon, se met en route. Mais, à peine est-il arrivé à Québec, qu’il se voit arrêté, emprisonné au château Saint-Louis.

On crut alors, du moins à Montréal, que Perrot avait été victime d’un guet-apens. Fénelon fut profondément blessé du rôle qu’on lui avait fait jouer dans cette affaire, sa bonne foi avait été surprise. Fénelon ne craignit pas d’agir et de parler ouvertement en faveur de Perrot, comme pour réparer le tort qu’il lui avait involontairement causé.

Ses premières démarches furent auprès du comte, qu’il tâcha de fléchir, mais toutes ses instances furent inutiles.

Fénelon, pour rendre service à Madame Perrot, alla dans la plupart des maisons de l’île de Montréal, pour leur proposer de signer un certificat portant simplement qu’ils n’avaient aucun sujet de plainte contre son mari.

Toutes ces démarches déplurent fortement à Frontenac qui les regardait comme un défi porté à son autorité. Mais arrêtons-nous le jour de Pâques, le 25 mars 1674.

Fénelon monta en chaire.

Il prit pour texte, l’Évangile selon St Jean. Dans son discours, il rappela que « le magistrat (…) avait autant d’exactitude à punir les fautes commises contre le service du Prince, que de facilité à pardonner celles qui attaquaient sa propre personne (…), il n’opprimait pas, sous des prétextes spécieux, les personnes revêtues aussi de l’autorité, et servant le même Prince, s’opposaient à ses entreprises, (…) qu’il faisait servir son pouvoir à maintenir l’autorité du Monarque, et non à son propre avantage (…)  ».

Ses remarques parurent des allusions blessantes, et les amis du pouvoir y virent une critique amère du gouverneur et de sa conduite arbitraire

Si n’importe quel autre prêtre avait tenu le même discours, personne n’aurait remarqué ce qu’il a dit, mais on savait que Fénelon avait pris le parti de Perrot. Ses paroles pouvaient donner lieu à des interprétations malveillantes, et il lui fallait de puissants motifs pour venir les jeter au milieu d’une assemblée où régnait déjà l’excitation.

Bien entendu, La Salle, avec la fougue de son caractère qui causa plus tard son malheur, ne manqua pas d’informer Frontenac. Il ne faut pas oublier que La Salle était tout dévoué au comte.

Frontenac demanda le texte du sermon à Fénelon, qui répondit qu’il n’était pas obligé de donner par écrit ce qu’il avait dit en présence de plus de 200 personnes.

Frontenac accusa Fénelon du crime de rébellion et de provocation à la sédition. Mais les lois défendaient aux magistrats et juges laïques de citer devant eux un prêtre en matière criminelle avant que son évêque l’eut jugé coupable. Dans le même temps, il faisait poursuivre avec vigueur les procès de Perrot, de De Carion et des coureurs des bois.

Mais le procès fut commencé et Fénelon fut assigné à comparaître devant le Conseil Supérieur. Deux fois, Fénelon récusa l’autorité du Conseil.

Enfin, Fénelon se décida à paraître devant le Conseil. Mais comme il en récusait la compétence, il ne voulut pas s’y montrer dans la posture d’un coupable, c’est à dire, debout et découvert. En entrant dans la salle, il s’avança vers la table, à l’extrémité de laquelle siégeait le gouverneur…Personne ne s’attendait à cet incident. Frontenac prit aussitôt la parole et lui dit qu’il devait rester debout pour entendre ce que le Conseil avait à lui demander. Fénelon, s’asseyant, lui répondit qu’il ne voulait pas déroger aux privilèges que les Rois donnaient aux Ecclésiastiques de parler assis et couverts. Frontenac lui répliqua que cette remarque ne s’adresse pas aux  ecclésiastiques cités pour les crimes dont on les accuse. Fénelon enfonça alors son chapeau sur la tête et se mis à se promener dans la salle. Il considéra que Frontenac l’avait insulté en le qualifiant de criminel et il répliqua que son prétendu crime n’était que dans la tête du Gouverneur. (…)

Cet incident se passa le 21 aout 1674.

Le procès va se prolonger, Fénelon déclarant qu’il ne reconnaissait pas le Conseil pour juge, et que « ce que le Conseil a fait ou pourra faire est nul ».

Les procédures vont se multiplier sans que Frontenac pût en tirer avantage.

Le 23 aout, Fénelon se présenta au Conseil et y présenta cette fois sa protestation par écrit, et il protesta contre l’incompétence des juges.

Il fut interdit à Fénelon de sortir de son lieu de résidence, mais toutes les ordonnances seront signées par le seul Frontenac.

Les Prêtres du Séminaire déclarèrent que sans M. La Salle qui était le moteur de tous ces démêlés, et que sans lui, personne n’aurait fait de remarque sur le serment prêché et qu’il n’y avait rien de blâmable dans ce discours …

M. d’Urfé fut menacé de prison par Frontenac pour lui avoir porté une lettre concernant Fénelon, et fit arrêter les deux personnes qui l’accompagnait….

En septembre, le Conseil comprit enfin qu’en cédant aveuglément à tous les désirs de Frontenac, il s’était laissé engagé dans une procédure irrégulière et chercha le moyen de s’en sortir. Par arrêts du Conseil rendus le 3 et 6 septembre,  il est demandé de renvoyer l’affaire au Roi. Frontenac eut le déplaisir de voir les conseillers se refuser à être plus longtemps les instruments de sa vengeance.

Mais en octobre, Perrot demande toujours que son procès soit envoyé à la Cour. 

En novembre, Frontenac se vit dans l’obligation de renvoyer en France Perrot et Fénelon, ce qu’il fit à son grand déplaisir. Il écrivit : « Je fais repasser M. Perrot en France, avec M. l’abbé de Fénelon, afin que vous jugiez de leur conduite »

Pour terminer cette histoire, il faut attendre avril 1675 et les réponses du Roi.

Pour Fénelon, il écrit : « J’ai blasmé l’action de l’abbé de Fénelon, et luy ay ordonné de ne plus retourner au Canada. Mais je doibs vous dire qu’il estait difficile d’instruire une procédure criminelle contre luy, n’y d’obliger un prestre du Séminaire de Saint-Sulpice de déposer contre luy. Il fallait le remettre en les mains de son évêque ou du grand vicaire pour le punir par les peines ecclésiastiques, ou l’arrester et le faire repasser ensuite en France par le premier vaisseau »

Quant à Perrot, le Roi écrivit à Frontenac: « Après avoir laissé quelques jours le sieur Perrot à la Bastille, je le renverrai dans son gouvernement, & lui ordonnerai auparavant de vous voir & de vous faire ses excuses de tout ce qui s’eft passé »

Colbert écrira en mai 1675 : « Sa majefté m’ordonne de vous dire que vous avez en cela passé les bornes du pouvoir qu’elle vous a donné … »

Rentré en France, l’abbé de Fénelon paraît s’être renfermé dans une grande solitude. Nous le perdons complètement de vue à partir de ce moment, sans pouvoir dire s’il se retira dans la communauté de St Sulpice ou chez son oncle, l’évêque de Sarlat. Il vécut complètement ignoré. Il disparaît de la scène du monde précisément au moment où son jeune frère commençait à y briller.

Sources :

Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à nos jours par François-Xavier Garneau

Cours d’histoire du Canada (tome 2, 1882) par Abbé J-B-A Ferland

Histoire de la Colonie Française en Canada (tome III, 1866) par Faillon

Histoire du Canada par M. de Belmont

Les deux abbés de Fénelon (1898), par l’Abbé H.A. Veneau

Frontenac et l’abbé Fénelon : une tragi-comédie judiciaire, par Lionel Groulx, Revue d’Histoire de       l’Amérique Française, volume 12 – n°3 – 1958

Le Comte de Frontenac, (Paris – 1895) par Henri Lorin

Vie de de Fénelon, par le Cardinal de Bausset, 1817

Salignac De La Mothe-Fénelon, François De,  Dictionnaire biographique du Canada, Olivier Maurault, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003

Buade, Louis de, comte de Frontenac et de Palluau, Dictionnaire biographique du Canada, par  W.J.Eccles, 

Cavelier De La Salle, René-Robert,  Dictionnaire biographique du Canada, par Céline Dupré

Perrot, François-Marie, Dictionnaire biographique du Canada, par W.J.Eccles

Le séminaire de Québec sous l’épiscopat de Mgr de Laval  par Noël Baillargeon, Presse de l’Université de Laval, 1972

Count Frontenac and New France Under Louis XIV par Francis Parkman

Fénelon et son double, Exposition, BNU & Université de Strasbourg, 2015

Château de Fénelon – 24370 Sainte-Mondane

Association  » Recherche de Fénelon »

BAnQ Québec, Fonds Conseil Souverain, Jugements et délibérations

Les Jésuites et la Nouvelle France, tomes II&III, 1895,par C. de Rochemonteix

Histoire populaire du Québec: Des origines à 1791, par Jacques Lacoursière

Iroquoisie : 1666-1687 par Léo Paul Desrosiers

La seigneurie de la Compagnie des Indes occidentales, 1663-1674, par Marcel Trudel

Site familial Chanterac.com

Archives de la marine, Paris

Archives du Séminaire de Saint-Sulpice, Paris

Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, Correspondance générale

Les Prêtres de Saint-Sulpice au Canada: grandes figures de leur histoire, Université de Laval

Les réseaux d’influence à Montréal au XVIIe siècle: structure et exercice du pouvoir en milieu colonial, (Thèse, Université de Montréal, 2008) par Léon Robichaud, Département d’histoire.

Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle, (Paris, Plon, 1974), par Louise Dechêne.

The Chronicles of Canada : Volume II- The Rise of the New France par George M.Wrong.

Pierre Boulanger – Manot en Charente Limousine

Bulletin d’Histoire Locale et de Marcophilie – Société d’Histoire Postale du Québec (2010)

François de Salignac-Fénelon, sulpicien : Son Mémoire sur le Canada [1670] par Armand Yon D. PH. – Les Cahiers des dix – 1970

Les écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l’origine de la langue jusqu’au XIXe siècle (7e éd.)  par Daniel Bonnefon –  1895, Paris, Librairie Fischbacher.

François de Salignac Fénelon, prêtre – Le Canadien – 1641-1679 par Marcelle Lachance   

Une remarque :

Le nom de La Mothe-Fénelon n’est pas inconnu en Béarn. En 1568, une révolte se déclare en Béarn. Le roi Charles IX  envoie Bertrand de La Mothe-Fénelon auprès de Jeanne d’Albret. Il écrit : «  J’envoie La Mothe vers vous pour vous prier de regarder à remédier avecques la douceur que le mal de croisse et croire en cela mon conseil et le dict la Mothe de ce qu’il vous dira de ma part tout ainsi que vous feriés » (signé votre bon nepveu Charles). A sa demande, la princesse consent à pardonner au peuple, mais pas aux seigneurs qui avaient participé à la révolte.

Quelques mois plus tard, Jeanne, réfugiée à Nérac, fait alliance avec les protestants. La Mothe-Fénelon est envoyé de nouveau auprès d’elle, mais cette fois, sa mission reste sans résultat. Bertrand de la Mothe Fénelon sera par la suite ambassadeur auprès de la reine Elisabeth Ire d’Angleterre de 1568 à 1575.

Sa  correspondance concernant son séjour et ses activités en Angleterre sera publiée en 1599.

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